J'ai rencontré Sylvestre à l’occasion de ces "fameux tournois de guitare" que j'organisais au Réservoir à Paris. Le nom même de "tournoi" était bien sûr une provocation; il ne s’agissait absolument pas de combat ou de concours.

Je voulais simplement évoquer une soirée ou l’improvisation était à l’honneur. Il me fallait préciser cela, car certains musiciens ont pris cette dénomination au premier degré. Bien souvent, ce sont des musiciens qui paradoxalement, vivent la musique comme un rapport de force, en voulant se faire passer pour des musiciens inspirés. Pourquoi une telle introduction? Parce qu’elle est parfaite pour vous dire tout ce que n’est pas et ne sera jamais Sylvestre : un combattant quelqu’un qui cherchera à s’imposer, à impressionner, ou qui cherchera même à attirer l’attention. Et pourtant pour attirer l'attention, il y aurait vraiment de quoi !

Son jeu et son style sont d'une originalité sans précédent ! Et si vous me citez Stanley Jordan, je vous demanderais d’oublier leurs technique respectives pour simplement écouter la musique, vous verrez que les deux, en étant chacun au sommet de leur art, n'ont absolument rien en commun. Sylvestre a développé un style de jeu unique et incroyablement musical, à base d'un système de tapping, toujours au service d’une musicalité pour laquelle cette technique se justifie. Rentrez dans son univers, il est unique ! Sylvestre fait partie de ces chercheurs qui repoussent toujours les limites de l’instrument et qui nous rappellent à quel point la guitare est un instrument jeune et qui par sa jeunesse, a toute les raisons d’être insolent. Si son jeu est insolent, lui est la gentillesse incarnée. "

Jean -Félix Lalanne.